(Dé) penser la consommation et économiser l’énergie : une tension entre confort et ascèse. Le cas de la consommation de viande et des usages des TIC comme analyseur de la consommation d’énergie, par Dominique Desjeux, Estelle-Fleur Galateau et Carine Barbier

Professeur Dominique DESJEUX,

Professeur émérite d’anthropologie sociale et culturelle, Université Paris Descartes, Sorbonne Paris Cité, chercheur au laboratoire CEPED (UMR 196)

Auteur de L’empreinte anthropologique du monde. Méthode inductive illustrée. 25 enquêtes pour comprendre le monde contemporain, Peter Lang éditeur, 2018

Estelle-Fleur GALATEAU,

Docteure en sociologie de l’Université Paris Descartes, Sorbonne Paris Cité.

Carine BARBIER

Economiste au CIRED (UMR 8568 CNRS, ENPC, EHESS, ENGREF, CIRAD)

Paris le 2017 10

Publié en 2018, (Dé)penser la consommation, pp. 21-40

Mise en ligne le 31 mai 2020

Introduction

Par certains côtés, les débats moraux sur la consommation qui ré-émerge suite à la crise économique de 2008, rappellent ceux sur Les mains sales, la pièce de théâtre de Jean-Paul Sartre créé en 1948, juste après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce débat faisait lui-même écho à ce que Charles Péguy déclarait déjà avant la Première Guerre mondiale : Kant avait les mains pures, mais il n’avait pas de mains. La métaphore du pur et du sale signifie la tension qui oppose les principes aux pratiques.

Le sociologue des organisations Michel Crozier, en 1970, dans un projet de recherche qui n’avait pas abouti, avait sociologisé cette tension. Il se proposait d’analyser un double modèle de l’action en société, en distinguant les intellectuels moraux qui se positionnent dans le ciel des principes et des normes, dont Sartre en été le représentant le plus significatif, et les intellectuels d’action engagés dans la réforme de la société et de l’État, dont le club Jean Moulin, auquel il appartenait, en était probablement la référence implicite. Il accordait peu d’importance à un accord sur les principes sachant que ceux-ci se heurteraient aux contraintes de situation et au jeu des acteurs collectifs et individuels quand ils devraient se traduire en actions.

Depuis mes enquêtes sur les grandes organisations à la fin des années 1960 avec Michel Crozier et Erhard Friedberg, je me suis appliqué à comprendre cet écart entre les principes, les valeurs, les visions, les imaginaires, le sens ou les représentations, qui sont des termes utilisés ici de façon équivalente, et les pratiques politiques, entrepreneuriales ou domestiques. Mon objectif est pragmatique, au sens de comment résoudre un problème concret. Il est d’observer et de décrire de façon compréhensive les conditions sociales du changement en fonction des intérêts et des finalités que les différents acteurs adoptent pour justifier leur action. Comme socioanthropologue, quand je fais une enquête, je m’impose de ne pas juger les différences de finalité. J’essaye d’abord de comprendre les logiques sociales, c’est-à-dire le champ de forces et les contraintes à partir desquels les acteurs ont des marges de manœuvre pour décider et agir dans telle ou telle direction. Je postule que la contrainte de survie est la plus forte, même si je sais qu’une partie des acteurs peut être « suicidaire » et ne pas chercher, à tout prix, à vivre. Cela veut dire finalement que le sens que les acteurs donnent à leur action se glisse par la voie étroite des contraintes de situation. C’est ce que les Chinois appellent le Shì 势, les potentialités du cours des choses. C’est une vision pragmatique sans messianisme, qui résout les problèmes en avançant.

Ici, le problème à résoudre est celui de la transition énergétique. Ce n’est pas la première depuis l’émergence de l’agriculture il y a 10 à 12 000 ans, mais c’est peut-être la plus importante depuis la révolution énergétique liée au charbon au milieu du XVIIIe siècle en Angleterre, comme l’a montré Kenneth Pomeranz dans son livre Une grande divergence (2010 en français). La consommation, grande utilisatrice de matières premières, d’énergie et de protéines pour les animaux, qui produisent du gaz à effet de serre, entre en contradiction avec les conséquences négatives du réchauffement climatique. La transition énergétique est donc une question de survie. C’est un point d’accord avec le chapitre de Philippe Moati, Le « faire » comme composante d’une « bonne consommation ». Le point de divergence porte sur la dimension normative de l’article en faveur du faire. Le normatif relève de la finalité et tranche en faveur d’une solution qui relève de ce que les sociologues américains appellent le one best way, le meilleur moyen, ce qui justement pose problème en termes d’accords entre les acteurs. Mais ce n’est pas parce que cela pose problème que la solution proposée n’est pas bonne. La solution se trouvera en suivant le cours des choses…

 C’est une approche qui se veut « amorale », à l’inverse de ce que montre Dominique Roux dans son chapitre très stimulant Morale, calcul et consommation.

Comprendre ces bonnes raisons sous contraintes ne signifie pas les approuver. Elles indiquent cependant les moyens qu’il faudrait mettre en place pour faire baisser les résistances légitimes du point de vue des acteurs à l’engagement dans une transition énergétique économe qui elle est nécessaire à la survie de l’humanité. En un sens, ce chapitre converge plus avec celui d’Enrico Cola, Risques, options stratégiques et perspectives du commerce face aux défis du développement durable, même si les valeurs sont plus prises en compte que dans notre analyse.

1. Pourquoi avoir choisi la viande et les écrans comme analyseur des difficultés de la transition énergétique

Pour comprendre les conditions sociales de l’émergence d’une transition énergétique dans la vie quotidienne des Français, nous avons réalisé, dans le cadre d’un contrat ANR[1], une enquête exploratoire qualitative auprès de 25 ménages, en Ile de France, auprès de personnes âgées de 25 à 56 ans relevant de la classe moyenne au sens large. Nous nous sommes attachés à observer deux de leurs pratiques quotidiennes les plus fortement émettrices de CO2, soit tout au long de leur filière de production, soit pendant leur itinéraire d’achat, d’usage et d’élimination par recyclage ou non (S. Alami, D. Desjeux, I. Garabuau-Moussaoui, 2009) la consommation de viande et l’usage des nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (TIC).

Notre hypothèse de recherche est que le changement en général, et celui du changement en faveur d’une consommation plus économe moins émettrice de CO2 en particulier, s’explique par les contraintes du jeu social dans une situation donnée. L’effet de situation est surtout visible aux échelles mesosociales et microsociales, celle des acteurs de l’espace politico-économique d’un côté et celle de l’espace domestique. L’échelle macrosociale permet de faire apparaître un autre type de contraintes, plus indépendantes du jeu des acteurs, celles qui sont liées aux effets d’appartenance sociale, culturelle, générationnelle ou de genre ou à des effets de domination (cf. sur les échelles d’observation, D. Desjeux, 2004). Comprendre les contraintes en situation, dans un espace concret, tout particulièrement celui des pièces du logement, qui pèsent sur les acteurs, c’est comprendre leurs marges de manœuvre en faveur de tel ou tel changement. C’est relativiser, sans l’éliminer, l’explication du jeu collectif par le sens, qui relève plus d’un régime de justification de l’individu, du sujet, et qui est particulièrement visible à l’échelle microindividuelle.

C’est aussi se différencier des approches « critiques » qui dénoncent, et souvent à juste titre humainement, mais sans prendre en compte l’ambivalence du réel, comme dans le travail d’Elizabeth Shove, Comfort, Cleanliness and Convenience (2003). Dans ce livre les échelles d’observations sont mélangées (p. 189) sans prendre en compte le fait que le régime des causalités varie en fonction des échelles d’observation, ce qui pose un problème épistémologique et donc de scientificité. En effet, à l’échelle macrosociale la causalité relève de la corrélation hors situation et hors acteur, alors qu’aux échelles meso et microsociales, la causalité relève de la contrainte, du sens et de l’effet de situation qui pèsent sur le jeu des acteurs, et enfin, à l’échelle microindividuelle elle relève du sens et de la cognition individuelle. Un même phénomène peut donc apparaître ou disparaitre en fonction des échelles, changer de sens ou paraitre fluide ou rugueux. C’est ce qui rend problématique le mélange des observations qui ne tiennent pas compte des échelles à partir desquelles elles ont été construites.

Nous nous sommes focalisés, à l’échelle microsociale, sur deux lieux stratégiques de l’espace domestique en matière de consommation énergétique, la cuisine, pour la viande, et le living, ou le salon, pour les TIC, avec les ordinateurs, les tablettes, les téléphones fixes, mobiles et « intelligents », et les télévisions (D. Desjeux et coll., 1996). Leurs usages sont en continuel renouvellement avec l’importance de plus en plus grande des objets connectés et des « big data » notamment. Elles ont un point commun, l’accès à un écran. Or, les Analyses en Cycle de Vie (ACV), évoqué aussi par Enrico Cola, montrent que les impacts environnementaux des appareils à écrans proviennent notamment de la phase de fabrication, et plus particulièrement celle de l’écran LCD[2]. Nous avons donc choisi la viande et les TIC parce que ce sont deux objets de consommation qui posent des problèmes en termes de bilan Carbonne, mais qui en même temps sont devenus indispensables au bon déroulement, et donc au confort, de la vie quotidienne des familles. Dans le budget des ménages, les TIC sont devenues depuis 2008 des dépenses contraintes. Les marges de manœuvre en faveur d’une consommation plus économe sont donc étroites, entre ascèse et confort.

2. Les usages liés à l’alimentation et à la consommation d’énergie des TIC

2.1 : Les pratiques de consommation de viande : une consommation sous contrôle social, qui symbolise la force nourricière et un moment festif

La place de la viande va varier en fonction de l’organisation du ménage, célibataire, avec ou sans enfant, de la place des repas suivant qu’ils sont en semaine ou pendant le week-end et de façon plus générale suivant qu’ils sont informels, formels ou festifs, comme le montre Léo Moulin dans son beau livre Les liturgies de la table, en 1989 (cf. Garabuau-Moussaoui I., Palomares E., Desjeux D., dir., 2002).

La consommation de viande est d’abord régulée par le rythme de la journée. Pour certains de nos interviewés, cette régulation alimentaire dépend des apports en protéines nécessaires à la vie de tous les jours. La viande est consommée d’une façon quasi systématique au déjeuner. L’imaginaire de la viande est alors associé à une source d’énergie vitale, celle qui permet de « tenir au corps toute la journée » (Cécile E3, Agnès E9, Caroline E19 et Mathilde E24). Dès lors, l’absence de viande, chez certains interviewés, est considérée comme un « manque » : le repas du midi sans viande ne serait pas « un vrai repas » (Marie-Dayita E17 et Coraline E18).

Pendant la journée, la consommation de viande varie en fonction de la nature des interactions qui organisent la vie du foyer au sein du couple, avec les enfants ou entre amis. Le repas peut être composé en fonction des enfants et de leur gout (Marie-Paule E7). Pour d’autres, le choix du diner dépend de ce que les enfants ont eu pour déjeuner. Afin de garantir un équilibre alimentaire, les parents proposent une diversification des apports en protéines : « viande », « poisson » et « œufs » (Jane E13 et Coraline E18). Pour d’autres encore, les interdits alimentaires peuvent perturber l’apport en protéines. C’est le cas des enfants de Nourredine (E5), qui, étant de confession musulmane, ne mangent pas de la viande à la cantine de leur école. Le soir, elle achète de la viande halal afin de contrebalancer l’absence de viande lors du déjeuner.

Pour les interviewés célibataires, quand le diner est pris seul, il est peu élaboré. Il s’agit de faire un repas rapide, afin d’y consacrer le moins de temps possible. La simplicité des plats préparés dépend dès lors de contraintes temporelles et financières, mais également sociales. La solitude n’incite pas à l’élaboration de plats construits et longs. La viande ne sera dès lors pas systématiquement cuisinée ni consommée (Matthieu E4, Marie-Dayita E17, Marie E22 et Mathilde E24). Le fait d’être seul semble jouer en faveur d’une consommation carnée plus économe et donc va dans ce sens de la transition énergétique.

Les pratiques de consommation de viande changent le week-end. Les « mères-cuisinières » ont plus de temps qu’en semaine où les contraintes de temps sont fortes entre le retour du travail vers 18h, la préparation du repas, le suivi des devoirs, le bain, le diner et le coucher des enfants, pour celles qui en ont, vers 20h/20h30. Tout cela recommence le matin entre 7h et 8h30, avec le lever, le petit déjeuner et le départ à l’école. Pour les familles qui consomment de la viande, le week-end est le moment de préparation des plats qui nécessitent une cuisson longue comme le « pot-au-feu » à base de viande bouillie et de légumes (Marie-Paule, E7 et Thierry E21). Pour certains, le dimanche est le « jour du poulet » (Marie-Paule E7, Agnès E9, et Karima E10). Le week-end peut-être également l’occasion de recevoir sa famille, et, en fonction des cultures, de la recevoir en préparant des plats plus « typiques ». C’est ce que fait Clara (E14), en préparant des plats haïtiens, à base de viande et/ou de poisson, plats qu’elle considère comme « obligatoires » sous peine de risquer un conflit avec sa famille, très attachée aux traditions. Avoir plus de temps peut favoriser la consommation de viande.

La consommation de viande varie aussi en fonction des saisons. L’été, elle est associée aux viandes grillées et aux BBQ (barbecue) plutôt cuisinés par les hommes, même si la participation des hommes aux pratiques culinaires semble rester marginale dans notre enquête. D’autres enquêtes montrent que les hommes sont plus investis dans le bricolage et le jardin (Desjeux D. 2012). L’hiver, on retrouve les viandes à cuisson longue. Le bouilli et le grillé scandent bien souvent le temps de l’hiver et celui de l’été.

Les fêtes de famille plus « exceptionnelles », comme la fête de Noël ou de Pâques pour les Chrétiens, la fête de Kippour ou de Pessah (Pâque) pour les Juifs, ou celles du Ramadan ou de l’Aïd El Kebir pour les Musulmans, sont particulièrement révélatrices des traditions, des représentations et de la volonté, ou non, de les maintenir, avec un rite de table particulier. La viande d’agneau y est centrale.

La fête de Noël est perçue comme une fête très codée (Perrot M., 2000). Elle est faite d’obligations familiales qui demandent l’élaboration de plats spécifiques carnés, notamment à base de dinde, de chapon, de canard, de tournedos, voire d’agneau. Ces plats font référence à une tradition, plus ou moins vécue de façon religieuse en fonction des interviewés, mais garantissant une communion familiale autour du plat  (Clara E14 et Martine E16). Selon Stéphane (E11), ces plats sont le dernier rempart contre l’oubli, avant qu’il n’y ait « plus rien après ! » Le plat de Noël et les manières de table qui y sont associées, lui paraissent donc vitaux, pour conserver un peu de ce que qui relève de la mémoire culturelle et identitaire. Les proches de Maëlle (E12), plus âgés, lui imposent de conserver la forme traditionnelle de Noël, à laquelle ils sont très attachés. En revanche, avec ses amis, pour des diners effectués dans la période de Noël, elle se permet plus de liberté quant à l’élaboration des plats, même si elle cherche malgré tout à conserver « l’esprit de Noël », par la référence à une viande typique.

Que ce soit dans la journée, le week-end ou pendant les repas de fêtes, la consommation de viande est encastrée dans un ensemble de normes sociales et de signes symboliques qui forment autant de contraintes au passage d’une consommation plus économe de viande, ce qui ne veut pas dire qu’elles ne peuvent pas évoluer. Aujourd’hui, la viande reste un des grands signes du repas festif. Elle est le signe que l’on accorde de l’importance aux membres de la famille et aux convives avec qui l’on est.   

Le fait que pour une partie des Français, un repas ordinaire sans viande ne soit pas considéré comme un « vrai » repas, voire comme un repas mal équilibré en termes d’apport en protéine, qu’il ne signifie pas l’importance sociale ou affective que l’on veut montrer à sa famille ou à ses amis, qu’il ne symbolise pas la fête dans les grandes occasions de mise en scène du lien social, montre combien les usages sociaux de la viande jouent comme des contraintes en défaveur d’une consommation plus économe des produits carnés et des dépenses d’énergie qui sont liés à leur cuisson. Cette contrainte est d’autant plus forte que ne pas présenter de viande peut représenter un risque en termes identitaires, en termes d’image de soi. On peut passer pour un avare, pour quelqu’un qui ne respecte pas les normes de la famille qui renie ses origines culturelles ou sont « terroir », et donc qui ne s’inscrit pas dans le jeu du don et du contre don social dont la viande en est un des symboles forts. Limiter la consommation de viande, relève de la transgression sociale, comme on le voit avec les pratiques Vegan, qu’elles soient rigoureuses ou flexibles, même si elle reste extrêmement minoritaire aujourd’hui. Ces pratiques varient en fonction des genres, des générations ou des cultures. Transgresser représente donc une forte contrainte du fait du coût humain et affectif qui lui est associé. Ne pas être conforme à son groupe d’appartenance représente un risque pour le maintien du lien social que tous les acteurs ne sont pas prêts à prendre, sauf si une autre contrainte permet de justifier socialement la transgression, et tout particulièrement celle de pouvoir d’achat s’il est trop faible.

Ces exemples montrent donc que, pour le moment, pour une partie des Français, la viande est un signe de lien social, familial et amical, ce qui va dans le sens du maintien de la consommation de viande et non pas d’une consommation plus économe. À l’extrême, pour certains, consommer moins de viande c’est menacer un des fondements de la société, le lien social qui se joue à travers la viande.

Cependant, à une échelle macrosociale, on constate que la montée de la classe moyenne supérieure mondiale, autour des années 2000, s’est accompagnée d’une très forte progression de la consommation de viande : viande de bœuf dans la plupart des pays et de viande de porc en Chine. Dans les pays émergents, en dehors de l’Europe de l’Ouest, consommer de la viande est un signe d’amélioration de son niveau de vie. C’est ce que l’on a observé en France entre 1950 et 1990 où la consommation de viande est passée de 44 kg par personne à 99 kg (ADEME, 2014). Cela correspond au moment où la classe moyenne française est entrée dans la grande consommation. Par contre à partir de 1990, la consommation de viande diminue en France. On peut attribuer cette diminution à trois facteurs : la crise de la vache folle de 1986, la baisse de pouvoir d’achat de la classe moyenne basse entre 1992 et 1997, puis à partir du début des années 2000, et enfin le vieillissement de la population qui joue en défaveur des régimes alimentaires carnés. Un article des Échos du 11 juillet 2017, qui s’appuie sur un rapport de la FAO, montre que la consommation de viande aura tendance à se stabiliser pour les pays émergeant dans les années à venir, comme en France à partir des années 1990.

Tout cela veut dire qu’à une échelle microsociale, celle du ménage et de la famille, on peut observer des pratiques plutôt en faveur de la consommation de viande. Cependant à une échelle macrosociale on assiste à une stabilisation de cette consommation pour les BRICs et à une diminution pour des pays d’Europe de l’Ouest comme la France. Pour le moment, il est difficile de faire la part de ce qui relève de la norme sociale liée au « vrai » repas, du changement de valeur diététique accordée à la viande ou de la contrainte de santé liée au vieillissement. C’est un bon exemple de champ de forces contradictoires qui relèvent d’effets de classes sociales, d’effets de générations ou de cycle de vie observables à l’échelle macro sociale et d’effet de situation qui relève de l’échelle microsociale.

2.2 : Les usages liés aux TIC : des déclencheurs d’achat qui varient en fonction des cycles de vie et des occasions d’usage

Pour mémoire, rappelons que depuis les années 2000/2008, les TIC font partie des dépenses « contraintes » des ménages en France, soit 8 % du budget en moyenne, pour monter à près de 17 % pour les ménages les plus démunis. Cela veut dire qu’acquérir des TIC n’est plus un choix « libre », mais un choix « obligatoire », sous contrainte des normes sociales, pour le travail à l’école ou en entreprise, pour entretenir le lien social à travers les réseaux, pour payer ses impôts ou pour commander des biens de consommation, ce qui semble plutôt aller à l’encontre d’une consommation énergétique plus économe. Pour comprendre la place occupée par les TIC au sein des foyers nous avons suivi leur itinéraire depuis les déclencheurs de leur acquisition jusqu’à leurs usages au quotidien et leur place dans les diverses pièces du logement.

On peut changer de téléviseur, d’ordinateur, de téléphone ou de tablette tactile pour plusieurs raisons dont la première est qu’il est devenu trop vieux et hors d’usage. Ainsi, Maëlle (E12) a changé de téléphone portable, car son ancien « commençait à montrer des signes de faiblesse. » Son téléphone était donc obsolète en termes d’usage, ce qui représente une forte contrainte, mais elle l’a fait à un prix qu’elle a jugé abordable (40 €) par rapport à son budget limité.

À l’opposé, on peut changer sans raison en termes d’usage, mais en fonction de la mode, c’est à dire de la norme de son groupe de pairs. La fille de Jennifer, âgée de 20 ans, change tous les ans de téléphone portable, contrairement à ses parents. Pour lui faire plaisir, ses parents utilisent d’une façon alternée les points de fidélité qu’ils acquièrent par la conservation de leurs forfaits. Donner ces points à leur fille permet de réduire le prix final du nouveau portable. Elle peut ainsi changer de mobile chaque année, grâce aux réductions obtenues par ses parents. Ici la surconsommation dépend des opérateurs, des parents et de la mode.

Les TIC peuvent être également données en cadeau, comme marqueurs d’une étape du cycle de vie ou du passage entre deux étapes, depuis l’enfance jusqu’à la séniorité. La télévision, par exemple, marque l’étape du passage de l’adolescence à la vie de jeune adulte. Quand il quitte le domicile de ses parents, pour emménager chez lui, on peut lui offrir une télévision à la place des cadeaux culinaires plus traditionnels, comme les poêles ou les casseroles (Marie E22). Le téléviseur peut également marquer le passage de l’état de célibataire à celui de couple, lorsqu’elle est, présente sur la liste de mariage (Coraline (E18). De même, dans le cadre d’une séparation ou d’un divorce, la télévision qui a été reprise par l’un des conjoints, peut être remplacée par une autre offerte par la famille pour aider la transition vers un état de célibataire (Farida E6). Dans le cas d’une séparation, la télévision peut être une source de tensions, notamment lorsque le père, ayant quitté le domicile parental, décide d’offrir une télévision personnelle à sa fille, dans sa chambre, brisant ainsi l’habitude de regarder la télévision en commun, au salon, entre la mère et la fille (Virginie E1). La télévision apparaît ici comme un signe de passage que ce soit à l’occasion d’une séparation familiale ou de couple, ou que ce soit lors de la mise en couple. Ce signe matériel est par ailleurs peut-être en train de disparaitre, si l’on en croit les enquêtes qui montrent la faiblesse grandissante des usages de la télévision parmi les jeunes, au profit des écrans divers, dont les ordinateurs, les téléphones mobiles et les tablettes.

L’ordinateur est également un marqueur de passage, dans la mesure où il est offert lors des étapes de la vie scolaire : lycée et université. Ainsi, Thierry (E21) a acheté le premier ordinateur portable à sa fille (adolescente de 16 ans), quand celle-ci a commencé à suivre ses cours sur ordinateur, lors de son entrée au lycée. L’ordinateur est alors perçu comme moyen d’ascension sociale, comme un moyen permettant et assurant la réalisation des études dans des conditions optimales : « C’est mieux (…) elle se concentre plus [davantage] ». De même, Marie (E22) a reçu son premier ordinateur portable personnel lorsqu’elle est entrée à l’université. Mathilde (E24) a reçu un ordinateur pour ses vingt ans ce qui coïncidait avec son entrée en licence. Marie-Dayita (E17) a reçu l’ordinateur de sa sœur ainée, quand celle-ci a eu les moyens de s’en acheter un autre.

Il est aussi le signe du lien familial. L’encastrement des TIC dans la dynamique des passages qui marquent les différentes étapes du cycle vie, et qui vont plutôt en se multipliant, associé aux phénomènes d’obsolescence des usages et des appareils, ne va pas pour le moment dans le sens d’une consommation plus économe des TIC.

L’espace accordé aux appareils, avec le choix d’une ou de plusieurs pièces spécifiques, est également révélateur de la place qui leur est accordée au sein du foyer. L’appareil peut être ainsi exposé dans le salon, qui peut se transformer en salle de cinéma avec un éclairage tamisé (Jennifer E2), un lieu d’intimité amoureuse une fois que les enfants sont couchés (Marie-Paule E7), source de valorisation sociale auprès des amis (Matthieu E4 et Sophie E23) et compagnon de chambrée (Agnès E9), en fonction des usages solitaires ou en couple des TIC. Mais l’appareil peut être banni de certains espaces : la télévision est ainsi située, pour certains interviewés, hors de l’espace dinatoire, à savoir la salle à manger (Marie-Dayita E17), ou hors de la chambre conjugale (Sophie E23 et Gabrielle E25) ; l’ordinateur est expatrié et interdit de la chambre des enfants (Jane E13). La salle de bain semble être la dernière pièce où les TIC ne semblent pas avoir de place.

Les vieux appareils peuvent être stockés dans les placards, les chambres des enfants et le garage, quand ils sont remplacés par des appareils plus neufs (Jennifer E2, Stéphane E11et Windy E15). Ce stockage permet ainsi de garder un lien avec l’objet inutilisé, soit parce qu’il peut être de nouveau utilisé (Jennifer E2), soit parce qu’il est le gardien de souvenirs par son contenu, notamment les photos stockées (Windy E15).

Les usages stratégiques des TIC sont donc très diversifiés. Ils varient en fonction des interactions du foyer (seul, en couple, avec les enfants). Ils peuvent être des supports de discussions lors du diner (Karima E10), permettant de retisser les liens avec l’adolescent (Virginie E1), et de créer des interactions entre colocataires (Marie E22). Ils peuvent être également objets de récompense et moyen de sanctions en fonction du comportement des enfants (Marie-Paule E7, Jane E13 et Coraline E18). Ils sont utilisés comme « capteur(s) d’attention » pour les enfants en bas âge (Coraline E18 et Farida E6). Ils sont aussi des objets de tensions au sein du couple ou entre parents et enfants, des moyens d’opposition entre conjoints/ex-conjoint ou parents, et d’affirmation autoritaire (Virginie E1 et Cécile E3).

L’usage des TIC semble aller en s’accroissant. Elles sont au centre de tout le système de communication qui traverse la vie des acteurs de l’espace domestique. Les écrans font de l’espace domestique un mini hub qui permet de gérer à la fois la production, la consommation et les échanges à l’intérieur de l’unité familiale ou amicale, et avec l’extérieur (D. Desjeux, 9/02/2017). Ce qui a changé par rapport aux années 1960 et 1970 où la télévision trônait au cœur du living ou du salon familial, c’est que les écrans sont passés d’un usage collectif à un usage individué, ce qui ne veut pas dire individuelle puisque les écrans permettent pour une part d’échanger avec les autres. Ce qui a aussi changé, c’est la taille des écrans qui sont devenus plus petits par rapport à ceux des écrans de télévision. Ceci pourrait éventuellement jouer en faveur d’une diminution des usages des terres rares nécessaires à la fabrication des écrans, bien que la multiplication de leur revente auprès des usagers en limite cet effet. Aujourd’hui, il est aussi possible de recycler une partie des terres rares à partir des déchets électroniques, comme le rappelle le BRGM (Les Échos du 4 septembre 2017).

Les écrans permettent de visionner des programmes télévisuels, des films, et aujourd’hui, de plus en plus, des séries, d’écouter la radio ou de jouer à des jeux vidéo. Ils sont vecteurs de liens familiaux (visionnage d’un film en famille), compagnons des tâches ménagères, supports du réseau social (téléphone portable pour les adolescents) et alternatives à la solitude pour les interviewés vivant seuls. Les TIC sont au cœur des réseaux sociaux numériques que ce soit par Internet, à travers les applications diverses comme WhatsApp, Twitter, Instagram pour l’échange de photos, ou encore les Selfies (Pierron B., Desjeux D., 2017). Il semble cependant, de façon beaucoup plus récente, qu’une partie des jeunes, non encore quantifiée, soit plus réservée par rapport à l’usage intensif des réseaux sociaux. Les TIC sont aussi au cœur de la consommation et des achats par le e-commerce. Le numérique est aujourd’hui au centre de l’espace domestique comme il l’est devenu dans cet autre espace qui prolonge pour une part l’espace domestique, la voiture. Le numérique représenterait 60 % de l’équipement d’une voiture actuellement.

Les usages des TIC, de même que les comportements alimentaires, ne sont pas neutres socialement. Ils renvoient à un univers social « rugueux », qui en fonction des situations, renvoie autant à de la coopération qu’à des tensions et des conflits. Ils participent aussi à la construction sociale des identités individuelles et collectives et par là à la socialisation des acteurs. Ils sont donc encastrés dans la vie sociale d’aujourd’hui, ce qui forme le cadre ambivalent des potentialités et des contraintes dans lequel une consommation économe peut ou non se développer.

3. Analyse des contraintes et des potentialités conduisant à la consommation économe

Des contraintes de pouvoir d’achat peuvent être invoquées pour expliquer le non-achat de viande, comme c’est le cas de Matthieu (E4), qui a réduit sa consommation depuis qu’il se trouve au chômage, ou de Marie-Paule (E7), qui, avec sa famille nombreuse, est contrainte de faire attention à la quantité de viande achetée.

Des éléments de rupture dans le cycle de vie expliquent le choix de certains interviewés. C’est le cas de Virginie (E1), qui, jeune divorcée de 39 ans, doit « (s)’entretenir », pour assurer, d’une façon volontaire ou non, son retour sur le « marché matrimonial » (Desjeux D., 2015). À cette fin, elle mange ainsi moins gras, et donc moins de viande, depuis sa séparation. Il semble également qu’il y ait un dégoût de la viande avec l’âge. Thierry (E21) évoque son manque « d’envie » : « J’en ai mangé beaucoup, mais j’essaye de réduire. Je commence à saturer ! Je ne sais pas, j’ai plus trop l’envie de manger de viande… C’est peut-être un problème de l’âge… »

La diminution de la consommation de la viande est également due à l’incertitude quant à sa qualité. Suite à un déménagement à Paris, il est fait mention de doutes quant à la qualité de la viande qui est proposée et aux prix élevés de la viande. Certains interviewés font le choix de limiter leur consommation de viande à Paris, par prudence, ce qui les amène à en consommer davantage lorsqu’ils retournent chez leurs parents (Marie-Dayita, E17, Marie E22 et Mathilde E24).

D’autres cherchent à mettre en place des stratégies de contournement, de ruser, pour limiter la présence de viande à table. Elle est alors remplacée par d’autres aliments riches en protéines, tels que les « œufs » et les « lentilles » (cuisinés aux plats, mimosa, durs), associés à un « accompagnement » (riz, pâtes, légumes). La viande n’est alors plus cuisinée d’une façon systématique (Virginie E1, Matthieu E4, Karima E10, Marie E22, Mathilde E24 et Thierry E21). Pour les diners plus formels, la sophistication du plat (« six heures dans la cuisine » Jennifer E2, Agnès E9, Maëlle E12) ou le dessert remplace la viande comme signe de la valeur qu’on accorde aux invités : « Je ne fais jamais de viande quand mes amis viennent. Ils le savent, et ça ne doit pas les gêner… Je sais que pour mes parents, ils aiment bien proposer de la viande, mais pour nous, on ne s’inquiète pas trop de ça. Mais moi, par exemple, avec mes amies, on attache plus d’importance aux desserts. On est gourmande ! » (Marie E22),

D’autres pratiques sont aussi mobilisées pour limiter la consommation de viande ou réduire l’incertitude quant à sa qualité. Les restes de plats à base de viande sont réutilisés le jour suivant ou les jours qui suivent leur préparation, afin de limiter le rachat de viande. Les restes du diner de la veille sont reconvertis en déjeuner grâce à deux objets matériels : la « gamelle » (Jennifer E2,) et le Tupperware. Ils sont utilisés pour des raisons logistiques quand il n’existe pas de cantine sur le lieu de travail, des raisons budgétaires quand les restaurants sont trop chers, et des raisons diététiques pour garantir la qualité du contenu des repas face aux dangers perçus des repas en dehors du domicile.

Si les déterminants sont multiples, ces pratiques concourent toutes à une réduction de la consommation de viande, et ainsi, à une réduction de l’émission de GES. La plupart de ces stratégies microsociales sont sous contraintes de pouvoir d’achat, même si ce n’est pas la seule raison.

Pour les TIC, la réparation est perçue comme un bon moyen de baisser les coûts et de ne pas en racheter. Mais elle n’est possible que si la personne possède un réseau d’experts qui lui donne l’information technique nécessaire, s’il connait les endroits où se procurer les pièces et s’il possède les outils lui permettant d’effectuer des tests et de ressouder les pièces à changer (Nathalie E20 et Gabrielle E25).

Consommer moins demande donc de faire progresser son expertise culinaire et technologique. Consommer moins augmente donc, plus ou moins fortement, la charge mentale de ceux qui cherchent à s’engager dans une forme d’économie circulaire élémentaire, comme la réparation pour les TIC ou la préparation des restes pour la viande.

Le marché de l’occasion et de la récupération permet à ceux qui sont sous contrainte de pouvoir d’achat de développer des stratégies d’économie ou de mise en scène de soi qui permettent de compenser leur faible niveau de revenu.

Le Boncoin, par exemple, permet l’achat de produits neufs à prix cassé, ce que certains interviewés appellent les « occas-neuves ». Ce sont des produits neufs, avec encore leur étiquette ou leur emballage et qui ont été offerts ou achetés par erreur. Ils sont revendus à bas prix. Ces achats donnent le sentiment de réaliser de « bonnes affaires ». Il se traduit également par la possibilité d’acheter plusieurs articles au prix d’un seul, en fonction des prix pratiqués en magasin. L’occasion permet d’avoir ainsi davantage d’articles, et ce, pour le même prix que les interviewés auraient dû débourser pour un seul article neuf (Virginie E1, Cécile E3, Marie-Paule E7, Claire E8, Jane E13, Coraline E18, Caroline E19). Le Boncoin est donc une plate-forme de récupération organisée. Il relève de l’économie circulaire. Il permet de revaloriser l’image de soi. C’est le cas de Cécile (E3) qui est au RSA. Elle n’a pas les moyens d’acheter ces produits neufs, vendus à des prix trop élevés pour elle. Elle considère cependant qu’elle renvoie l’image d’une « nana qui a plein de sous », sans pour autant en avoir, grâce aux achats de vêtements de marque qu’elle fait sur le Boncoin. Ceci montre qu’une partie de la consommation économe qui conditionne une partie du développement de la transition énergétique est liée au fait qu’il existe des classes moyennes sous forte contrainte de pouvoir d’achat. Ceci relativise l’enchantement associé à la consommation économe ou collaborative.

Ceci explique pourquoi certains interviewés revendiquent une certaine forme de culture de la récupération. Il s’agit pour eux de récupérer tout ce qui peut être encore récupéré, pour le réutiliser, le transformer, ou, dans certains cas, le revendre. Cette culture de la récupération est liée à l’idée de non-gaspillage, et à ne pas jeter ce qui peut être encore utile (Marie-Paule (E7). Cette pratique de récupération de rue relève d’une forme d’expertise sous contraintes financières, associée à une culture de la débrouille, fortement revendiquée. D’autres y voient également une forme de solidarité par la revente d’articles à bas coût qui pourront être réutilisés par d’autres personnes en difficulté financière, leur discours renvoyant à une critique du système marchand, tel qu’il est actuellement.

Conclusion : une consommation alternative ambivalente  pour des acteurs sous contraintes

Dans cet article, nous avons cherché à analyser comment il était possible d’éclairer la question de la transition énergétique en France à partir de la consommation de viande et de celle des TIC, en montrant la place des contraintes liées à des effets de situation ou liées à des évolutions démographiques ou générationnelles ou encore à des effets de cycle de vie, en fonction des échelles d’observation.

Notre hypothèse explicative est que les changements de comportement ne relèvent pas seulement des valeurs, mais des contraintes de situation, sauf pour les militants au sens large, qui eux mobilisent les valeurs qui vont leur permettre d’avoir l’énergie de surmonter les contraintes du quotidien.

Le cas de la viande montre qu’une consommation plus économe peut être perçue comme menaçante pour le maintien du lien social et de l’identité familiale. Le cas des TIC fait ressortir l’importance de l’expertise dans la mobilisation de pratiques économes comme celle liée à la réparation et donc de la charge mentale que cela implique. Dans les deux cas, les contraintes du jeu social, les contraintes de temps et de compétences, jouent en défaveur d’une consommation plus économe.

Et pourtant il existe des marges de manœuvre grâce aux ruses du quotidien, pour reprendre l’expression de Michel de Certeau, comme l’art d’accommoder les restes, la transmission des objets de seconde main entre générations ou entre consommateurs. Même si tous ces échanges ne relèvent pas que de la contrainte de pouvoir d’achat, comme le montrent Dominique Roux et Denis Guiot (in Clochard F., Desjeux D. (2013), pp. 165 et sq.), cette contrainte reste très présente au cœur des pratiques de consommation économe. Surtout, une partie des évolutions quantifiable à l’échelle macrosociale montre que la consommation de viande rouge peut aller en décroissant, soit à cause du vieillissement, soit à cause des jeunes qui deviennent Vegan, soit à cause des femmes qui choisissent les légumes, ce dernier point ayant été montré par Claude Fischler dans L’Homnivore en 1990.

C’est pourquoi si nous cherchons à dépasser la figure de « l’hyperconsommateur » cher à Gilles Lipovetsky (2006), pour parvenir à un consommateur qui consommerait différemment, il faut comprendre les contraintes auxquelles les foyers se trouvent confrontés. C’est bien l’enjeu principal de ces prochaines années, face à une pénurie relative des matières premières et aux risques de guerres qui lui sont associées, et à la montée en puissance d’une classe moyenne mondiale qui aspire à un niveau de vie moins frugal.

La consommation est devenue un enjeu entre les groupes sociaux qui visent à la frugalité et ceux qui cherchent à rentrer dans le monde de la grande consommation. La transition énergétique est marquée du sceau de cette ambivalence et c’est dans cette ambivalence que se nichent les marges de manœuvre du changement pour les entreprises et les politiques publiques.

BIBLIOGRAPHIE

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Clochard F., Desjeux D., dir., (2013), Le consommateur malin face à la crise, tome 1 et tome 2, L’Harmattan, Paris

Collectif, 2014, Alléger l’empreinte environnementale de la consommation des Français en 2030, ADEME, Angers

Desjeux D., (2017), « Les métamorphoses du consommateur-producteur-distributeur », Theconversation, 9 février

https://theconversation.com/les-metamorphoses-du-consommateur-producteur-distributeur-72162

Desjeux D., (2015), « Préface », Pratiques et sens des soins du corps en Chine. Le cas des cosmétiques, Wang L., L’Harmattan, Paris, pp. 11-17

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Desjeux D., Berthier C., Jarrafoux S., Orhant I., Taponier S., (1988), Anthropologie de l’électricité, L’Harmattan, Paris

Fischler C., 1990, L’Homnivore, Odile Jacob

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Lipovetsky G., (2006), Le bonheur paradoxal : essai sur la société d’hyperconsommation, Gallimard, Paris

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Perrot M., (2000), Ethnologie de Noël. Une fête paradoxale, Grasset

Pierron B., Desjeux D., 2017, « La pratique du Selfie ou les jeux identitaires du Je. L’extension du domaine du jeu ludique aux Selfies comme objet de la construction identitaire », Http://www.ludocorpus.org/fr/du-selfie-aux-jeux-identitaires/

Pomeranz K., (2010), Une grande divergence, Albin Michel

Roux D., Guiot Denis (2013), « Par-delà le miroir… de la scène marchande : l’acheteur d’occasion au pays des merveilles », in Clochard F., Desjeux D., Dir., Le consommateur malin face à la crise, tome 2, l’Harmattan, Paris, pp. 165 et sq.)

Shove E., (2003), Comfort, Cleanliness and Convenience, Bloomsbury Publishing, Londres


[1] Enquête ECOPA, 2012-2017, sur financement de l’Agence Nationale de la Recherche sur une comparaison avec le Brésil. Coresponsable scientifique Carine Barbier (CIRED).

[2] Etude Ademe disponible en ligne : 2008 – Analyse du Cycle de Vie d’un téléphone portable, CODE, ressource disponible en ligne : http://multimedia.ademe.fr/outils/telephone-portable/Site-web/portable.pdf, consultée le 26/01/15

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