Covid-19, une histoire brève du confinement par Annie Cattan, coach et auteure

Mon cher Papa,
Quel dommage que tu ne sois plus de ce monde pour assister aux événements extraordinaires qui s’y déroulent  depuis quelques semaines. Tu te souviens sans doute que quand nous étions enfants à Tunis, nous avions tous attrapé la grippe asiatique, et qu’après notre guérison, il vous avait fallu des mois pour rembourser les frais de médecin et de pharmacie. Quel soulagement toi et Maman aviez éprouvé à notre arrivée en France en découvrant l’existence de la Sécurité Sociale. Elle existe toujours et heureusement. 
J’espère cependant que cela va durer car depuis quelque temps, elle est mise à rude épreuve : il y a une épidémie due au coronavirus, un virus très contagieux venu du centre de la  Chine,  Wuhan dans la province du Hubei. La plupart des gens contaminés s’en remettent assez bien, mais pas les personnes âgées, et/ou souffrant d’obésité ou de diabète. En France, nous avons 26 000 morts, dans les hôpitaux et dans des maisons où les anciens sont envoyés pour finir leur vie ensemble, on appelle cela des EHPAD. Certains disent des mouroirs, et la crise leur donne raison.
Donc quand l’épidémie s’y est déclarée, la Chine, qui est devenue depuis que tu nous a quittés un pays très puissant, et toujours très autoritaire, a promulgué un grand confinement (comprends que chacun devait rester cloîtré chez  soi, avec interdiction de sortir, obligation d’adopter des gestes barrières : porter un masque, s’enduire les mains de gel hydro-alcoolique, respecter une distanciation sociale (c’est-à-dire rester à au moins 1 m de tout autre être humain), avec un gardien dans chaque immeuble pour contrôler les habitants, prendre leur température, et en cas de fièvre ou de toux les expédier manu militari faire un test puis en quarantaine. Leur but était d’empêcher l’épidémie de s’étendre hors des clusters (des zones avec beaucoup de malades). Le gouvernement chinois gardait l’affaire secrète sous peine de graves mesures de rétorsion. Mais un jeune et très courageux médecin chinois, Li Wenliang, a brisé l’omerta, et  avant de mourir emporté par la maladie, il a révélé l’existence de cette épidémie sur internet  (qui est un système incroyable : même en étant dans des lieux différents on peut, grâce à internet, discuter ensemble, se voir, travailler, et on peut faire beaucoup d’autres choses extraordinaires que je te raconterai une autre fois). 
Bref le monde entier a découvert le problème en même temps. Au début, en France, personne ne croyait être concerné. En tout cas, personne au niveau de l’Etat ne préparait sérieusement l’arrivée de la maladie.
Depuis des mois Les employés des hôpitaux, même les professeurs de médecine, étaient découragés, ils faisaient grève et manifestaient pour obtenir des moyens pour enrayer le délabrement qu’ils constataient. En vain. L’épidémie est donc arrivée au pire moment :  Il n’y avait pas assez de lits de réanimation, ni de personnel, ni de masques, ni de médicaments, ni de tests.
Je suis sûre que tu en es très surpris, toi qui nous vantait toujours l’organisation impeccable de notre nouveau pays.
Donc quand le coronavirus a débarqué chez nous,  il était trop tard, d’autant que le France se fournissait les masques, les équipements et les composants des traitements exclusivement en Chine, et que les autorités chinoises ont dit : charité bien ordonnée commence par soi-même.  Mis au pied du mur, il restait au gouvernement une solution : faire comme en Chine, c’est-à-dire confiner tout le monde pour bloquer la propagation du virus. Beaucoup de pays ont suivi l’exemple de la Chine. En Europe, la Suède et les Pays-Bas on fait exception.Je te dirai plus tard si l’histoire leur donne raison ou tort.
Du jour au lendemain, le 17 mars,  me croiras-tu ? Tout le pays s’est arrété, sauf les hôpitaux, les techniciens (électricité, eau, internet, voirie…), les supermarchés, les magasins d’alimentation, les livreurs, la police, les tabacs (tu aurais été content de pouvoir continuer à acheter tes gauloises bleues). Tous ceux là – en majorité des salariés mal payés qui se sont avérés indispensables à nos vies, travaillaient très dur. Ce fut particulièrement terrible pour les soignants, que nous applaudissons aux fenêtres tous les soirs à 20h pour les remercier.
Pour les autres ce fut  comme dans la belle au bois dormant et cela dure depuis. Nous avons juste le droit de sortir 1h par jour, à 1km maximum de la maison, et seuls, pour acheter de quoi manger et prendre l’air, munis d’une attestation signée que la police contrôle. 
Me croiras-tu ? tout le monde a obtempéré. Nous nous sommes dit : c’est ça ou la panique totale dans les hôpitaux et les EHPAD, où des gens meurent, du Covid ou de chagrin,  et sont enterrés dans la solitude.
Et ça c’est le plus insupportable.
Donc depuis 7 semaines, la plupart des français sont en chômage technique (avec une bonne partie du salaire payée par l’État), ou au chômage ou en inactivité forcée sans revenu, et les autres télétravaillent (ça veut dire qu’ils travaillent depuis chez eux avec l’internet dont je t’ai parlé).
C’est très étrange..
La saison sportive a été stoppée net.
L’année scolaire s’est quasiment arrêtée le 15 mars :  il s’est avéré que l’éducation nationale, que tu admirais tant, n’était pas prête pour l’enseignement à distance.
Les transports, la poste sont au ralenti et même pire.
Me croiras-tu ? Orly a fermé.
Me croiras-tu ? les étrangers ne peuvent plus entrer en France et les français ne peuvent plus en sortir.
Tout cela nous a littéralement stupéfiés, et coûte très cher, l’État aide pour le moment ceux qui ont été condamnés à l’inactivité,  c’est pour cela que je me demande, entre autres, comment la sécurité sociale, qui ne perçoit plus beaucoup de cotisations puisque l’activité est arrêtée, va continuer à fonctionner. 
Jeudi le premier ministre nous a annoncé que le déconfinement commencerait lundi 11 mai, car nous a-t-il dit, la situation s’améliore. Sur le plan sanitaire. Hélas pas trop à Paris où la vie va reprendre très lentement : les lycées, les universités, les cafés, les restaurants, les musées, les parcs, les cinémas, les théâtres,…. Tout cela restera fermé encore plusieurs semaines. Beaucoup de gens se rongent pour leur travail et pour l’avenir.
Le plus bizarre est cette histoire de distanciation sociale : me croiras-tu ? plus personne, même les enfants et les amoureux,  ne doit s’approcher trop près d’un autre, au cas où il serait porteur du virus. Il ne faut surtout pas se toucher, il faudrait se méfier de tout le monde. 
On nous a promis des tests, mais c’est assez flou, pour le moment, nous devrons tous porter des masques, en espérant que nous en trouverons, car ils ne sont pas arrivés dans mon quartier.
 
Il y a aussi des points positifs : l’air s’est purifié, on entend à nouveau les oiseaux, on reprend l’habitude de cuisiner et de passer du temps avec les siens. Quand on est entouré et bien entouré. (Car le confinement pour beaucoup c’est très difficile).
Surtout, on a le temps de réfléchir à ce qu’il faudra garder ou changer du passé, et à ce qu’il faudra faire de nouveau pour que cette incroyable expérience nous serve à construire un monde meilleur.
Voila mon cher Papa, les nouvelles étonnantes dont je voulais te faire part.  Je te raconterai le déconfinement une autre fois.  Aimant toujours la transgression, je t’embrasse (virtuellement)
Très fort à toi,
Ta fille

Annie

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