2022 10, recension de Dominique Desjeux sur le livre de Geneviève Delaisi de Parseval : L’art d’accomoder la vieillesse, Seuil

Geneviève Delaisi de Parseval, une psychanalyste et anthropologue connue pour ses réflexions et ses recherches sur l’enfant et la famille, nous propose une étrange méditation sur la vieillesse dont les méandres nous amènent à reprendre la célèbre phrase de Simone de Beauvoir dans Le deuxième sexe (1945) pour la détourner « On n’est pas vieux on le devient ». C’est « le travail du vieillir. »

L’auteure entre, comme elle l’écrit, dans le « clan des octogénaires à pile », une nouvelle tribu à l’identité incertaine et multiple. Jusqu’au XIXe siècle, en moyenne, on mourait avant 30 ans. Elle se propose d’en réévaluer les représentations et les stéréotypes, à commencer par ceux liés à la mort qui n’est pas l’apanage de la vieillesse. Elle est incertaine pour tous. Il n’y a pas d’âge pour mourir.

La vieillesse est au cœur des inégalités de classe sociale et de genre : « le déficit de pensée sur la vieillesse des femmes pauvres et purement scandaleux. ». La vieillesse n’est pas une maladie qu’il faudrait soigner : « dit-on qu’il faut soigner la jeunesse ? », même si l’affaiblissement du corps peut devenir une question centrale, voir une activité à temps plein ou à temps partielle : « il faut caler le rendez-vous chez l’ophtalmo, entre le rhumato et le kiné, etc. »

Les Danois l’ont bien compris. Leur façon « d’accommoder la vieillesse » est à l’opposé « des usines à vieux » que sont une partie des EHPAD français. Ils privilégient le maintien à domicile et dans certaines unités organisent des « ateliers de réminiscences » à partir des souvenirs de l’enfance, ce qui améliore l’état général des personnes. On n’est pas loin de ce que j’observe depuis six mois dans un foyer de personnes en situation de handicap en activité ou à la retraite dans lequel on est en train d’introduire une « table magique » faite d’une trentaine de jeux permettant de les stimuler. Il faut cependant appeler, que comme pour l’enfance, l’autonomie est relative et que les personnes âgées comme les personnes en situation de handicap, ont besoin d’un double, d’une ou plusieurs personnes aidante, d’un éducateur spécialisé, dont l’énergie est fortement sollicitée[1]

Pour l’auteur, « Vieillir c’est consentir au temps. » Pour le montrer, elle fait le détour par la Procréation Médicalement Assistée (PMA) grâce à la congélation d’embryons et de gamètes. Congeler permet de prolonger la vie et donc de jouer avec le temps biologique : « le temps est devenu à “géométrie variable”. » Mais la congélation ne règle rien si elle n’intègre pas la dimension symbolique de la perturbation qu’elle entraîne chez les personnes dans le rapport au temps, à la mort et aux générations. « Le détour par le froid » permet de replacer au cœur de la vieillesse la question de la reconstruction de l’identité et tout particulièrement celle de « l’ipséité que Paul Ricœur appelle “identité narrative” sans cesse renouvelée et constituée au fil d’une histoire que tout un chacun se raconte sur lui-même. Il s’avère qu’il s’agit d’un outil précieux pour mieux comprendre la vieillesse. »


[1] Cf. http://consommations-et-societes.fr/2021-01-cyril-desjeux-sociologue-dominique-desjeux-anthropologue-handicap-et-consommation-pour-une-epistemologie-inclusive-des-recherches-de-terrain/

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