2021 09, « Ma mère. Mon analyse et la sienne »,  d’Aldo Naouri, note de lecture par Mazal Ankri

Je voulais offrir un livre à un vieil ami italien auquel je rendais visite. Il s’était occupé assidument du bien-être de sa mère jusqu’au décès de cette femme dévorante, à presque cent ans.

« Ma mère. Mon analyse et la sienne »,  d’Aldo Naouri (2021, Odile Jacob)

Dans ma mémoire encore encombrée, malgré mes efforts, d’impressions toutes faites, le nom d’Aldo Naouri, que je n’avais jamais lu jusque-là, allumait un petit clignotant « pédiatre auteur macho culpabilisant les femmes ». Mais  le titre du dernier livre de ce célèbre médecin me fit penser que ce serait un bon choix. Alors que cela ne m’arrive jamais, par prudence, je demandais à la libraire de ne pas fermer le paquet cadeau : je voulais  m’assurer de l’acceptabilité du livre avant de le donner.

Deux heures de lecture passionnée filèrent plus vite que le TGV qui me transportait. Arrivée à destination, je me précipitais à la FNAC pour trouver un livre moins bousculant… et pour pouvoir continuer ma lecture à mon aise pendant mon court séjour.

Une fois le livre terminé, je décidais de le relire sans attendre. Il me manquait déjà.

A travers le récit des étapes marquantes de sa psychanalyse, l’auteur nous conte l’extraordinaire destinée de cette femme, de Tripoli à Benghazi, Alger puis Paris. Mère de dix enfants dont quatre périrent, veuve à trente deux ans, elle était malgré les apparences une fine analyste politique : pressentant dès les premiers soubresauts de la guerre d’indépendance qu’il leur faudrait quitter de force l’Algérie pour une destination inconnue, elle avait conseillé à son fils bachelier de choisir un métier qu’il puisse exercer dans n’importe quel pays : coiffeur. Elle le soutint quand il décida de commencer une psychanalyse, car elle-même était une interprète de rêves réputée dans le quartier, et  trouvait normal qu’il dise ses tourments à un psy, elle qui les confiait régulièrement à une statuette de boue cachée dans un coin de la maison. Un jour, dans son grand âge, elle éclata en sanglots, lui avouant,  inconsolable car « sa mère ne l’avait jamais aimée ».

Après des décennies de vie en France, elle persistait à s’exprimer exclusivement en judéo-lybien, préservant ainsi son identité envers et contre tout. Dans le même temps,  elle fit en sorte que ses enfants s’intègrent dans la société française, et consentit à ce que son cher Aldo épouse « une allemande, une ashkénaze ».

Aldo, quittant le divan de son psy, questionnait souvent cette mère, « Imprévisible, obstinée, têtue, incernable, méfiante, manipulatrice, exigeante, quelque peu sorcière, soucieuse de tout contrôler, de tout maîtriser »,  qu’il allait voir  tous les jours.

C’est ainsi, alternant au fil de sept années, écoute assidue de sa génitrice, disputes, exploration de l’inconscient, analyse anthropologique de la parenté et compréhension des événements et des contraintes, qu’il parvint à démêler les fils de la vie de sa mère et de la sienne.

En attendant de découvrir ce livre captivant, je vous recommande d’écouter le podcast de l’émission l’Heure bleue que Laure Adler, sur France Inter,  lui a consacrée.

https://www.franceinter.fr/amp/emissions/l-heure-bleue/l-heure-bleue-31-mai-2021
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