2020 08, Une société peut-elle exister sans contrôle social tout en garantissant la sécurité de ses membres ?, Dominique Desjeux

Dominique Desjeux, anthropologue, professeur émérite à l’université de Paris, Sorbonne Sciences humaines et sociales

Article en ligne : Sur la stratégie Covid-19: crise sanitaire et contrôle social – Les carnets du GRIP (hypotheses.org)

La crise sanitaire est un analyseur des relations de pouvoir et du fonctionnement des systèmes politico-administratifs qui doivent en permanence arbitrer entre sécurité et liberté. Les technologies numériques sont en train de remplacer en milieu urbain les contrôles magico-religieux des sociétés agraires.

La réflexion reste centrale, hier, en 2020, en 2021 et au-delà. Elle pose la question du rôle de l’État dont le retour semble être fortement engagé aux États-Unis et en Europe du fait de la pandémie, et fortement présent en Asie et notamment en Chine. L’intervention de l’État devrait encore continuer longtemps du fait du changement de régime économique et écologique et donc sociétal.

Dans les sociétés lignagères, c’est-à-dire sur la base de familles élargies, Congolaise, sur laquelle j’ai travaillé dans les années 1970, le contrôle social est fort, grâce à un système de contrôle symbolique magico-religieux très contraignant, la « sorcellerie ». En contrepartie, le système de parenté est censé garantir l’accès de tous les paysans à la terre et donc la survie et la sécurité alimentaire de chaque famille.

Les Échos du 1 avril 2020 titraient en page 9, dans l’analyse de la rédaction : « Confinés ou tracés, faudra-t-il choisir ? » La protection des données personnelles est menacée par la traçabilité qui conditionne la sécurité sanitaire grâce au suivi qu’elle permet. Techniquement, tout est déjà en place, de la reconnaissance faciale à la géolocalisation et au bracelet électronique que ce soit aux États-Unis, en Europe ou en Chine.

Cette situation rappelle la fable de La Fontaine du loup et du chien. Un loup efflanqué rencontre un chien gros et gras. Il lui demande ce qu’il faut faire pour arriver à cette félicité. Peu de chose répond le chien gros et gras. Mais « chemin faisant, il vit le col du Chien pelé. Qu’est-ce là ? lui dit-il. Rien. Quoi ? rien ? Peu de chose. Mais encor  (sic) ? Le collier dont je suis attaché, de ce que vous voyez en est peut-être la cause. Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas où vous voulez ? […] Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor (sic). »

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