2020 01, Comment l’empire romain peut servir de leçon aujourd’hui pour innover autrement

Dominique Desjeux, anthropologue, professeur émérite à l’université de Paris, Sorbonne SHS

Le rapprochement avec l’empire romain marche avec la double catégorie de « marques combattantes » vs « marques empires ».

Au 1ᵉʳ siècle de notre ère l’empire romain était polythéiste et plutôt cool avec les autres « marques » monothéistes si elles intégraient leur divinité dans le panthéon polythéiste.

Il y a d’abord eu une marque combattante monothéiste représenté par la fraction prosélyte du judaïsme. Les Juifs représentaient 8% de la population de l’empire romain tout autour de la Méditerranée (6 millions sur 70 millions). Ils étaient en plein expansion. Puis une erreur stratégique lancée par des intrapreneurs innovants, les Zélotes, a fait se retourner la situation qui a conduit à la destruction du temps de Jérusalem.

Deux marques monothéistes se sont trouvées en concurrence. En effet, autour du milieu du deuxième siècle de notre ère a émergé une nouvelle « marque combattante » issue du judaïsme, le christianisme. Son avantage est qu’elle simplifiait les rituels religieux du judaïsme dont les « ingénieurs » avait conçu des modèles de rituels trop complexes, avec 613 règles, un peu comme l’administration française de santé pendant le COVID-19.

Cependant pendant deux autres siècles le christianisme a produit de nombreuses sous marques (arianisme, nestorianisme, etc.). Il restait encore une marque de « pionniers », une niche dans le marché des inventions religieuses. L’empereur romain Constantin, qui adopte la « marque combattante christianisme », ouvre le marché par l’Édit de Milan en 312.

Il comprend que pour que l’invention se diffuse, il faut resserrer les marques et créer un standard, ce sera le Concile de Nicée en 325 qui impose une marque, le Credo chrétien, qui deviendra ensuite une marque empire. Elle sera à son tour contestée par la marque Islam qui simplifie encore les usages, puis protestante qui se recentre sur son cœur de métier.

Aujourd’hui une forme de polythéisme et de catholicisme survie à travers la transsubstantiation publicitaire qui transforme un produit ordinaire en une personne avec la marque à laquelle il faut être fidèle, et en une énergie magico-religieuse, grâce à la promesse de cette marque. Toute ressemblance avec la grande distribution et les nouvelles formes de consommation aujourd’hui n’est pas du tout fortuite…

Paris, janvier 2021 (à paraitre dans mon prochain livre en cours de rédaction sur le christianisme comme innovation, un récit anthropologique)

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